16 mai 2011
Le II Forum “ Unis par la Méditerranée” s'est terminé au Palais Abatellis, à Palerme, avec la remise du prix Al Idrissi, en souvenir du géographe arabe du XIIème siècle. Institué par la Région sicilienne, avec la collaboration de la Fondation Observatoire de la Méditerranée du ministère des Affaires étrangères, ce prix est attribué chaque année à des personnalités de prestige des rives nord et sud de la Méditerranée qui se sont distinguées particulièrement, selon le jugement exprimé par un jury international, en faveur du dialogue et de la coopération euro-méditerranéenne. Les prix du jury ont été remis à: André Azoulay, président de la Fondation Anna Lindh, dont le siège se trouve à Alexandrie d'Egypte pour "le dialogue entre les cultures et le rapprochement des trois traditions religieuses en Méditerranée"; Jordi Pujol, ancien président de la Région de la Catalogne et leader du parti autonome catalan, pour "son engagement en faveur des Autonomies locales dans le cadre de la coopération euro-méditerranéenne; Michel Vauzelle, président de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, "au vu de son engagement en faveur de la coopération entre les autorités locales du Sud et du Nord de la Méditerranée" et à Sana Ben Achour, présidente de l'Association tunisienne des femmes démocrates (A.T.F.D.) pour "l'engagement des femmes tunisiennes pour l'affirmation de la démocratie et pour le renforcement de la condition féminine en Tunisie". Ce prix a été retiré par le membre du bureau exécutif de l'A.T.F.D., Mme Saïda Ben Garrach, responsable des droits sociaux et économiques des femmes.
Mme Saïda Ben Garrach considère la Méditerranée comme "l'autre Méditerranée". Une zone de paix, de démocratie, de stabilité et d'égalité. Une Méditerranée faite d'associations, de mouvements, de réseaux, d'intellectuels et de journalistes, de politiciens et de représentants religieux, tous engagés pour renforcer le dialogue, la coopération et la solidarité. Mme Saïda Ben Garrach est une femme combattante qui a décidé d'affronter la vision outrageante qui a nié aux femmes leurs droits, les droits de l'homme.
Mme Saïda Ben Garrach, les femmes du Moyen-Orient ont entrepris un chemin d'émancipation. Quels droits l'Islam garantit-il ?
L'Islam est fondé sur une idée discriminatoire entre homme et femme. D'un point de vue religieux il n'y a aucune discrimination, à moins d'en donner une interprétation différente, mais les problèmes commencent lorsque l'on passe du plan religieux au plan social. La femme, en effet, est toujours soumise à l'autorité de l'homme, celle de son père puis de celle de son mari. La vie matrimoniale est conditionnée par la domination de l'homme. La femme doit se mettre à sa disposition et lui obéir. L'homme s'occupe donc de tout, du maintien économique aux dépenses médicales, du logement à l'habillement, c'est pour cette raison que s'affirme la supériorité de l'homme, difficile à déraciner. Notre Association lutte depuis des années pour l'affirmation des droits des femmes mais les difficultés sont considérables. Il suffit de penser par exemple au mouvement Enadha, fortement opposé à nous. Les leaders Enadha soutiennent que le modèle féminin occidental est en train de contaminer celui tunisien amenant à une crise inéluctable de la moralité qui se traduit en un retard des mariages, en la conception d'enfants hors mariage, et en la liberté de pensée. C'est pour cette raison que les islamistes tendent à reconstruire les valeurs religieuses qui affirment la supériorité de l'homme.
Le féminisme arabe est-il en train de contribuer à la transformation du droit ?
Oui, bien sûr. Un exemple important est le travail effectué par le réseau des associations féministes laïques dans le monde arabe, « Aïsha » (Vivante). Ce réseau accueille des représentantes provenant de l'Egypte, de la Palestine de '48, de la Jordanie, du Liban, de la Tunisie, de l'Algérie et du Maroc. "Aïsha" combat la violence exercée contre les femmes et prône l'amélioration des droits de l'homme, il lutte pour l'égalité et la démocratie dans le monde arabe.
Le "printemps arabe" a vu une participation féminine intense. Mme Saïda Ben Garrach, avec cet activisme, pouvez-vous espérez d'aller vers la reconnaissance des droits ?
Nous, nous poursuivons cet objectif. Le principe fondateur de notre association est la recherche de l'égalité des droits entre homme et femme. Il est clair que dans une société démocratique la liberté des femmes signifie la liberté pour toutes. Nous nous travaillons tous les jours, avec des femmes compétentes et professionnelles en faveur des campagnes de soutien des droits économiques, contre les harcèlements sexuels, contre les disparités à tous les niveaux de la vie: social, politique et culturel.
Quels sont les éléments sociaux discriminatoires?
Nous ne devons pas oublier que notre société est patriarcale, la religion est très importante et a une grande influence, en outre, les régimes sont des dictatures. C'est pour cette raison que notre lutte est difficile, mais nous combattons pour obtenir une société moderne et ouverte. Les jeunes sont notre force et notre espoir. 60% des étudiants sont des étudiantes. Les secteurs de la santé, de l'éducation et du textile sont féminisés. Cela signifie que la présence féminine augmente. Il est clair que les femmes n'occupent pas encore de postes décisionnels mais ce sont elles qui adhèrent à tous ces mouvements qui luttent contre l'oppression féminine, qui combattent et refusent de se soumettre docilement. Ce qui nous encourage c'est qu'elles luttent de façon continue contre les autorités traditionnelles.
A.T.F.D.
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